Situation
Ischy occupe une vallée resserrée entre des montagnes escarpées, à environ 20 km d'Uludere et 5 à 6 km de Şenoba, au nord-est de celle-ci. Les sources turques la décrivent comme une oasis cernée de vergers.
Le sommet Khanga, au nord, culmine à 3 000 mètres et servait à la transhumance d'été. Une plaine dite Marga, à l'ubac, servait de pâture.
La carte confirme la mémoire. Les coordonnées du village données par la tradition — 37°29′00″ N, 42°44′52″ E — tombent à moins de cinquante mètres du point relevé aujourd'hui pour Onbudak. Les distances aussi : Uludere est à 17,9 km pour « environ 20 km » annoncés, et Şenoba à 3,2 km au sud-ouest, ce qui place bien Ischy au nord-est de la belde comme l'écrit ischy.fr.
Le point le plus net concerne Baznaye, décrit comme « à l'ouest, village chrétien » : son nom turc, Doğan, se trouve à 3,3 km, azimut 279° — plein ouest. Wilmshurst, de son côté, cite Bāziān et Eshe côte à côte parmi les villages du Gwerkel. Trois sources qui s'ignorent décrivent le même couple de villages dans la même position.
Le district de Gwerkel aujourd'hui
Des sept villages est-syriaques que Wilmshurst recense dans le Gwerkel en 1913, cinq ont pu être rapportés à un nom turc actuel.
| Chez Wilmshurst | Nom vernaculaire | Nom turc | Distance |
|---|---|---|---|
| Eshe | Ischy | Onbudak | — |
| Bāziān | Baznaye | Doğan | 3,3 km ouest |
| Mer | Mehri | Kovankaya | 17,2 km nord-est |
| Halmūn | — | Andaç | 47,8 km est |
| Hōz | Hozi | Ayrım | non localisé |
| Akol | — | non identifié | |
| Mār Sabrishoʿ | — | non identifié — possédait un monastère | |
Un point discordant. Halmūn, à 47,8 km, est nettement plus éloigné que les autres. Soit le district était plus étendu qu'on ne le suppose, soit l'identification Halmūn = Andaç demande vérification. C'est la seule anomalie de toute la reconstitution.
Une agglomération double
Le village se compose de deux parties séparées par la rivière principale :
- Ischy proprement dit, la partie dominante ;
- Qarayé, en aval, sur un plateau surplombé par une falaise (Kaleta), à environ un kilomètre à vol d'oiseau — accessible à pied ou à mulet.
Qarayé possédait sa propre église, mais l'unité du village était maintenue : un seul cimetière, un seul curé pour les deux églises, une seule école.
Une seule route terrestre desservait le village, venant de Ségueirik ; elle passait au pied de Qarayé et franchissait la rivière sur un pont.
Les eaux
Une rivière descendue des montagnes, l'Eneid Chiteidazzo, passait au pied du village. Deux ruisseaux en étaient tirés : le Chaqitid'Mata, le ruisseau du village, qui coupait l'agglomération en deux parts égales, et le Chaqitid'Nezara, le ruisseau de l'ubac, qui la contournait.
Trois fontaines d'eau potable, construites par les villageois eux-mêmes, furent mises en service en 1975. Trois moulins à eau tournaient au bord de la rivière.
Terres et métiers
Les terres portaient maïs, blé, orge et seigle ; les vergers donnaient raisin, pomme, poire, prune, grenade, figue et noix ; les jardins, tomate, concombre, chou et haricot vert. Cette autosuffisance alimentaire explique la conservation d'une langue et de coutumes millénaires.
Tous les hommes du village étaient bergers — Chivanné — au rythme des saisons. On élevait des moutons pour le lait, le fromage, le beurre et surtout la laine ; des bœufs de trait, des mulets et des chevaux pour le transport. Le fourrage d'hiver était fait de feuillages ramassés l'été.
On y pratiquait aussi la maçonnerie et le tissage du şal-şapik, le costume traditionnel de la région. L'économie d'Ischy était réputée parmi les villages voisins — ce qui suscitait convoitises et visites.
Les familles
Le village s'est formé par regroupement de familles autour du lieu de culte.
Les trois familles fondatrices
| Beth Avdo | venus de Qasriqé |
| Beth Koma | venus de Qavnaraza |
| Beth Sappanes | venus de Khraba |
Les familles arrivées ensuite
| Beth Danno | originaires du Gawar, arrivés via Wasta |
| Beth Yonané Yomo | venus de Hal, près de Quelle, au bord du Khizla |
| Beth Poles Hanna | venus de Hal également |
| Beth Bichaqqe | origine inconnue |
Un recoupement notable. Wasta — aujourd'hui Başverimli, dans le district de Silopi — figure dans la liste des principaux villages du diocèse chaldéen de Gazarta dressée par Chabot en 1896. La tradition orale du village recoupe donc la géographie diocésaine réelle, attestée par les sources ecclésiastiques.
L'organisation
Quatre grandes familles, chacune élisant un représentant faisant fonction d'adjoint au maire — Azaya. Les représentants formaient un conseil, qui désignait un maire — Mukhtar — après consultation des villageois. Pour une décision importante, un conseil extraordinaire réunissait tous les habitants.
Les deux églises
L'église Saint-Joseph-le-Voyant (Mar Yossep Hazzaya) se dressait au pied de la falaise Kaleta. Aucune date de construction n'est donnée par la source communautaire. Une légende de fondation raconte que les pierres rassemblées par les maçons le premier jour avaient disparu au matin suivant.
L'église Notre-Dame de Qarayé (Eteid Mat Miryam'd Qaraya) est de construction récente : décidée pour épargner aux femmes et aux enfants un long déplacement, elle fut commencée en avril 1969 et achevée en septembre 1970.
L'église possédait champs, vignes, bétail et noyers, offerts par diverses familles. Aziz Yalap, natif du village, en fut le curé officiel de 1975 à 1985 ; c'est de lui que proviennent les chiffres démographiques de 1976.
Démographie
| Date | Chiffre | Source |
|---|---|---|
| 1976 | 80 foyers, 680 habitants | Curé Aziz Yalap |
| Avant l'exode (1980) | env. 700 habitants | ischy.fr |
| Sept.–nov. 1993 | 1 367 Ischayyé recensés dans le monde | ischy.fr |
À titre de comparaison, le village voisin de Bazyan (Doğan) comptait 60 familles et 350 habitants en 1970.